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Conception d'un mécanisme de réserve de marche

On parle technique horlogère. Que huiler, comment fonctionne un mouvement, rhabillage horloger etc....

Modérateurs: magellan, M.A.S.O, fabala

RÈGLES DU FORUM, À LIRE IMPÉRATIVEMENT AVANT LE 1ER POST

Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 22 Déc 2011, 12:45

Bonjour à tous,

Pour rappel, ce sujet est lié à un autre, par ce premier sujet. Comme d'habitude, je ne détiens pas la vérité et j'expose ce qui suit en détaillant au mieux ce que j'ai appris et compris. Il se peut que je me trompe ou que tout ne soit pas clair, alors n'hésitez pas à participer pour rectifier, compléter ou poser une question!

C'est difficile de choisir par où commencer. Le 11 août, j'ai reçu un cahier des charges demandant de fabriquer un mécanisme de réserve de marche sur la base d'un mouvement ETA 6498-1, avec les conditions suivantes:

- le mécanisme doit être entièrement fonctionnel;
- le choix du type d'affichage est libre;
- possibilité d'utiliser des pièces existantes;
- tous les matériaux, à l'exception du bois et du plastique, peuvent être utilisés;
- pas de restriction concernant les outils et les machines;
- (pas de restriction non plus concernant le volume de la complication);
- le travail (comprendre tout ce qui est exécuté manuellement) doit être accompli sans aide extérieure;
- le travail devra être accompagné d'un dossier contenant des dessins et des explications concernant le fonctionnement;
- l'emboitage n'est pas pris en compte dans la notation.

Le premier point à lui seul est déjà très lourd: il dit qu'en trois mois on doit avoir conçu, fabriqué et rendu fonctionnel (...) un mécanisme. Pas évident. D'autant qu'à la fin des trois mois, il faudra l'envoyer par la poste. Hors de question donc de fabriquer quelque chose qui fonctionne quand je le tiens avec trois doigts de la main gauche, deux de la main droite dont un doit toucher la couronne, et tout ça seulement lorsque la lune est pleine. Il faut quelque chose de fiable, qui va survivre aux traitements de la poste, et qui surtout va pouvoir fonctionner comme il fonctionnait au moment de son départ, dans les mains de quelqu'un qui ne le connaît pas et qui n'aura pas d'explications orales. Comme un client finalement :).

De ça vient un peu un autre point que j'ai ajouté au cahier des charges, que je me suis imposé: je voulais quelque chose de fiable, mais surtout quelque chose d'horloger. C'est à dire un truc fiable, pas bricolé avec de la colle ou n'importe quoi de trop incertain, que quelqu'un pourrait plus tard démonté et remonté sans soucis et sans avoir à se poser trop de questions. Et ce n'est pas toujours évident. Je ne pense même pas y être arrivé, mais c'était un objectif intéressant.

Les consignes donnaient aussi, de manière un peu floue, les critères de notations:

- originalité et caractère innovant des idées;
- fonctionnalité;
- technique et qualité du travail manuel;
- esthétique.

Puis à un moment, il a fallu se mettre au boulot.

Dans ce livre,

Image

on trouve la définition suivante:

Le mécanisme d’indication de la réserve de marche doit permettre d’afficher l’état de remontage du ressort de barillet (...), et ceci quelle que soit la position angulaire du tambour au sein du mouvement. Ainsi, la mesure de différence de position angulaire entre les deux extrémités du ressort de barillet détermine son niveau de charge. Cette mesure de différence de position angulaire fait le plus souvent appel à un mécanisme de différentiel.


Avec, juste après, une erreur de calcul monstrueuse. Ce n'est pas un livre pour faire rêver les amateurs, mais, d'après ce que j'ai pu en voir, c'est un livre plutôt cool pour répondre aux questions basiques mais gênantes qu'on se pose quand on n'a pas d'expérience, ou qu'on doit se raccrocher à une norme, à quelque chose d'existant.

On peut retenir que, d'une manière générale, un mécanisme de réserve de marche réalise la synthèses entre deux informations:

- une information liée à l'armage (donc à l'arbre de barillet, ou aux éléments de la même classe d'équivalence);
- une information liée au désarmage (donc au barillet, ou aux éléments de la même classe d'équivalence).

D'où l'utilisation fréquente de différentiels, qui tombent plutôt bien dans ce genre de situation, puisqu'il vont pouvoir prendre en compte l'armage en première entrée, le désarmage en deuxième entrée, et fournir une synthèse des deux en sortie. L'avantage principal des différentiels est leur précision, puisque si le tout est bien construit, l'information obtenue en sortie est juste aux jeux d'engrenages près. Leurs inconvénients sont leur encombrement (qui peut toutefois être réparti en deux, ou trois dimensions), et le nombre (et parfois la géométrie et la diversité) des éléments dentés.

On trouve plusieurs sortes de différentiels en horlogerie.

Les différentiels planétaires, répartis en deux dimensions. Ici, un exemple de chez Jaeger il me semble:

Image

Il apparaît clair ici que les éléments à tailler sont nombreux et variés.

Les différentiels à dentures coniques, répartis en trois dimensions. Ici, un exemple chez Parmigiani:

Image Image

On distingue clairement sur la photo de gauche éléments aux dents coniques, en acier. Et on distingue clairement sur la photo de droite des brucelles qui manipulent le mobile en le tenant par le plat d'une roue 8) (serein le type). Je n'ai jamais eu à fabriquer ce genre de dents, mais c'est plus compliqué à faire que des dents classique. La façon de faire et, il me semble, la fraise, ne seront pas les mêmes.

Ces dents pourraient être remplacés par des dents ordinaires (ou presque), comme sur la photo suivante, mais ça reste délicat.

Image

Les différentiels à cône et à vis, plus artisanaux. Leur encombrement est aussi réparti en 3D. Ici, un exemple sur une montre fabriquée par Gene Clark:

Image

Pendant la conception, j'ai essayé de ne pas perdre de vue ce que je savais faire, et ce que je pouvais faire avec les moyens à ma disposition. C'est pragmatique, ça limite énormément les possibilités, mais ça augmente les chances de produire quelque chose de fiable et fonctionnel.

Il faut aussi éviter de perdre de vue le fait qu'il faut ajouter cette complication a un mouvement existant. Le problème n'est pas tellement l'énergie disponible (sur le 6498, je ne m'inquiète pas vraiment), mais l'encombrement du bouzin qu'on va ajouter. Quand on conçoit le mouvement de A à Z, qu'on sait qu'on veut mettre une réserve de marche (ou qu'on en mettra une plus tard), on peut prévoir la place. Là, il faut la trouver. C'est plus délicat.

Ça ne rend pas impossible la fabrication d'un système à encombrement 3D, mais pour travailler un peu à l'aise et me donner des marges un peu plus cools, j'ai mis de coté ces systèmes.
Dernière édition par Suliac le 22 Déc 2011, 15:09, édité 1 fois.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar tasar le 22 Déc 2011, 13:58

Une véritable leçon en plus du compte-rendu !
Je prends un café et je m'installe. :sm34:
Merci Suliac, tout ça est passionnant.
entre perdre mon temps ou en gagner, j'ai vite choisi
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar steyr le 22 Déc 2011, 15:38

HL9000 est parti faire le popcorn, il revient dans 2 minutes. Moi, je me garde ça pour le transport ce soir !
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar pelemaire le 22 Déc 2011, 16:43

Comme c'est drôle, c'est une question que je m'étais posée plusieurs fois déjà; s'il était possible d'intégrer à un mouvement déjà existant une réserve de marche...
Autant dire que je vais suivre ce post avec beaucoup d'intérêt!
Merci de nous faire partager ton travail Suliac!

J'en profite pour poser une petite question, comme ça, à tout hasard... Je trouve que sur beaucoup de montres, le fait d'avoir une réserve de marche sur le cadran "abîme" le design... c'est un avis personnel, mais si on prend par exemple ces deux montres:
Image
Image
je trouve, personnellement, que la réserve de marche déséquilibre le design.
Ma question est la suivante: Pourquoi n'a-t'on jamais utilisé le cadre de la montre pour y faire paraître des complications, comme une réserve de marche, par exemple? On y intègre pourtant des couronnes et des "boutons"... alors pourquoi ne pas y intégrer une petite ouverture avec un verre laissant voir la réserve de marche, à côté de la couronne, par exemple? Est-ce que cela fragiliserait trop le cadran? Ou est-ce tellement con comme question que je suis le seul à oser la poser? Ou existe-t'il des montres qui ont ce dont je parle?
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 22 Déc 2011, 17:08

Jusque là, on a les mécanismes à différentiel, c'est chouette, précis, ça fonctionne. Mais ça me posait au moins deux problèmes dans le cadre du projet organisé par Lange. D'une, ce n'est pas évident ni facile à fabriquer et à intégrer dans le 6498, et de deux, ce n'est pas très original. Pour ce dernier point, il y a toujours moyen de faire original au niveau de l'affichage, si la mécanique ne l'est pas.

Alors j'ai continué mes recherches, en me tournant vers les brevets. C'est toujours bon à prendre, ça permet de confronter plein de points de vue différents, d'envisager des choses nouvelles, et même si les explications ne sont pas toujours limpides, au moins il y en a.

Donc j'ai cherché, beaucoup lu, et je suis tombé sur un système qui m'a plu directement, par sa simplicité et par son originalité.

Image

Le brevet complet, déposé par la société Exidel SA (pour André Cachin et Norbert Perucchi), est téléchargeable ici.

Avant de décrire le fonctionnement, voilà, en gros, ce qui m'a plu:

- vu d'ici, il y a l'air d'y avoir assez peu de pièces;
- les pièces semblent faisables de manière artisanale, tant mieux, c'est ce dont j'ai besoin;
- pas de différentiel, ce qui permet de se démarquer mécaniquement, ce qui n'est pas évident a priori;
- ce mécanisme peut-être construit sur une planche additionnelle.

Le dernier point est pratique. D'une part, ça permet de s'affranchir de pas mal de contraintes du mécanisme existant (je pense aux nombreux trous déjà présents dans la platine, et qui tombent souvent là où il ne faut pas), puis pour ce genre de projet, le principe même de la planche additionnelle est intéressant: on valide le fonctionnement d'un système qui pourra ensuite être refabriqué, toujours en planche additionnelle, sur d'autres mouvements (ce n'est pas le but ici, mais l'idée est quand même là).

Comme écrit plus haut, ce mécanisme de réserve de marche fait la synthèse entre une information liée à l'armage d'une part, et une information liée au désarmage d'autre part, cette information étant affichée au moyen d'une aiguille (dans ce cas, mais on peut imaginer un autre affichage) solidaire de la roue étoile (1) indexée par son sautoir (7).

Deux fois par tour d’armage, la came (3) solidaire de l’arbre de barillet (2) actionne le levier (4) qui, sous l’action de son sautoir, entraîne dent après dent la roue étoile.

Lors du désarmage (c'est à dire lors du fonctionnement du mouvement), un pignon (8) solidaire d'un mobile du rouage entraîne une roue (9) munie d’un système d’entraînement (10 à 13) de la roue étoile (1). Le rapport d’engrenage est tel que la roue étoile (1) est entraînée d’autant de dents lors du désarmage que lors de l’armage.

Vu comme ça, ça semble simple. Il y a quand même quelques subtilités. Les premières concernent certaines choses qui ne me plaisent pas telles qu'elles sont présentées.

D'abord, le système d'entraînement de la roue étoile lors du désarmage me semble peu crédible, essentiellement en ce qui concerne la forme de la came (10) et de son ressort (13). Sinon c'est un système assez classique, avec deux parties indépendantes et coaxiales. Lors du fonctionnement, la roue (9) entraîne la came (10) par l'intermédiaire de la goupille (11), dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Le ressort (13) s'arme, jusqu'au moment où il glisse le long de la pente (12), poussant instantanément la came qui entraîne au passage une dent de la roue étoile. Le déplacement de la came est permis par sa liberté autour de l'axe qu'elle partage avec la roue (9), et limité par son fraisage qui peut venir en butée avec la goupille (11). Après le saut, la came reste immobile jusqu'à ce que la goupille rattrape ce fraisage, et on est reparti pour un tour. Plus loin, j'explique plus en détail le fonctionnement d'un mécanisme similaire.

Ensuite, je n'aime pas trop le fait que, suivant la quantité d'armage, le levier (4) puisse rester dans la trajectoire des dents de la roue étoile. Ce n'est pas trop grave, car dans les conditions du brevet le ressort (13) est plus fort que le ressort (5), donc dans le cas où le levier (4) resterait dans la trajectoire des dents de la roue étoile, le doigt (12) arriverait à le dégager. Ce qui me gêne est que si cette situation n'arrivait pas, on pourrait utiliser un ressort (13) moins fort, et donc travailler avec un niveau d'énergie plus bas, l'énergie qui n'est pas utilisée ici pouvant être utilisée ailleurs (pour le fonctionnement de la montre dans mon cas).

Enfin, il y a cette histoire de denture élastique, qui me semble difficile à ajuster et à maîtriser. Dans les conditions du brevet, la rainure (16) et la goupille (15) sont là pour deux choses. La première, redoutablement ingénieuse je trouve, est de donner une mémoire aux pièces. Comme en dehors des phases d'entraînement, la roue étoile n'est soumise qu'à son sautoir, il est possible (du moins, il faut l'envisager, étant donné qu'on travaille sur une montre), qu'un choc suffisamment violent la fasse tourner. Sans cette rainure et cette goupille, ce serait la cata: l'information donnée par l'affichage de RDM devient fausse, et pas moyen de la corriger sans ouvrir la montre. Grâce à la rainure et à la goupille, si la roue étoile se déplace, l'information est erronée mais seulement jusqu'au prochaine armage. En effet, si l'étoile tourne dans le sens de l'armage, la rainure atteindra sa goupille trop tôt lors du prochain armage: le levier (4) continuera à frapper la dent de la roue étoile, mais ce sera sans effet puisque la goupille empêchera sa rotation. Au final, on aura armé complètement la montre, et l'aiguille de RDM indiquera "Full". Si l'étoile tourne dans l'autre sens, la rainure atteindra sa goupille (et l'aiguille indiquera "Empty") avant le désarmage complet, mais la montre pourra continuer à fonctionner sans blocage car le système d'entraînement travaillera dans le vide, justement grâce à cette dent élastique qui s'escamotera sous l'action du doigt (12).

C'est bien pensé hein? Mais ça me semble difficile à réaliser. La deuxième chose que permet le duo rainure et goupille ce que j'ai décrit pour l'armage, mais dans le cas d'une montre automatique. Dans ce cas, après un certain nombre de tours d'armage, l'aiguille indique "Full", mais la masse oscillante continue à travailler. Dans ce cas, la came (3) continue à tourner, et comme dans la situation, le levier (4) frappe une dent de la roue étoile, sans effet.

Dans la suite, je présente ce système adapté au 6498, et les solutions que j'ai retenues pour palier ces "problèmes".
Dernière édition par Suliac le 22 Déc 2011, 19:02, édité 1 fois.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar hl9000 le 22 Déc 2011, 17:41

Wouaw !!! ça déchire, ton compte rendu !!! :shock:
Vraiment, je ne trouve pas d'autre mot, et pourtant j'm'y connais : j'chui écriveur.
:tesgenial: C'est absolument génial, et même mieux que les bouquins qu'on peut lire sur le sujet, car c'est moins rébarbatif et plus clair pour un abruti comme moi.
Je ne vais pas dire ça à chaque post que tu mettras, mais je le penserais probablement très très fort !

Je pense qu'il sera bon de mettre un petit repère dans le fil pour nous indiquer quand on pourra se déchaîner avec les questions... pour le moment, j'imagine que tu as beaucoup à écrire et illustrer, alors on te laisse tranquille en te remerciant infiniment pour cette leçon magistrale.
Tu mérites qu'on ajoute un prix à ton prix pour l'exposé que tu nous en fais.
:merci: :merci: :merci:

Note personelle : réponds vite à mon SMS... :clin:
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 22 Déc 2011, 18:01

pelemaire a écrit: J'en profite pour poser une petite question, comme ça, à tout hasard... Je trouve que sur beaucoup de montres, le fait d'avoir une réserve de marche sur le cadran "abîme" le design...


C'est vrai que ça peut-être plus ou moins bien intégré, mais ça ça vient plutôt des gens qui réalisent le truc que de la complication elle-même. Il faut aussi distinguer les modèles qui, de base, ont une réserve de marche, et les modèles qui existaient déjà et pour lesquels on a dit un jour "Tiens, pourquoi on ajouterait pas une réserve de marche"? Pour ces derniers l'enjeu est de taille, justement parce qu'on peut les comparer au modèle de base. C'est particulièrement flagrant sur l'exemple que tu donnes. Le même problème peut se poser pour la date, ou pour d'autres complications.

Dans le cas de la réserve de marche, je pense à un exemple plutôt réussi, et là, l'enjeu était de taille.

Le monstre sacré dans sa version de base, 39mm, chrono, quantième, reconnu pour sa gueule particulièrement équilibrée.
Image

Sa nouvelle version, 41mm, chrono, quantième, réserve de marche.
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Dans ce cas, je trouve que c'est plutôt bien intégré :D.

Pourquoi n'a-t'on jamais utilisé le cadre de la montre pour y faire paraître des complications, comme une réserve de marche, par exemple?


Je pense à ça (photo Foversta):
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Ici ça permet "juste" de voir le tourbillon de coté, mais on peut imaginer comme tu le décris l'affichage d'une information, comme la réserve de marche, ou la date, pourquoi pas.

L'affichage, et la partie "esthétique" de la conception, j'y viens après, de la même façon, pour expliquer mes choix.
Dernière édition par Suliac le 25 Déc 2011, 14:00, édité 1 fois.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar plume68 le 22 Déc 2011, 18:20

que dire a par :sm34:
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar steyr le 22 Déc 2011, 18:27

RDM dans la carrure, y a eu ça il y a 4-5 ans de mémoire, une marque de la place vendôme il me semble... je cherche...

Edit 1 :
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Jean Dunand, mais je pensais à une autre marque.


Edit 2 : ça y est, Van Cleef :
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar caput le 22 Déc 2011, 21:51

steyr a écrit:RDM dans la carrure, y a eu ça il y a 4-5 ans de mémoire, une marque de la place vendôme il me semble... je cherche...


.....

Une idée qui me trottait dans la tète depuis un certain temps, et que je découvre dans tes exemples steyr.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar caput le 23 Déc 2011, 10:36

Ou as-tu placé le pignon 8 dans ton train de rouage.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar pelemaire le 23 Déc 2011, 13:50

[8] merci Suliac et Steyr pour vos réponses et photos! tellement bien!!! Dommage que ça ne soit pas plus exploité, je trouve bien moi.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 23 Déc 2011, 14:23

caput a écrit:Ou as-tu placé le pignon 8 dans ton train de rouage?


J'y viens :).

Le mécanisme tel qu'il est décrit dans le brevet donne le principe, il reste énormément de travail pour l'adapter à un mécanisme de montre particulier et le chemin qui m'a mené jusqu'à la solution que j'ai finalement retenue n'a pas été direct, loin de là.

Pour commencer, il a fallu fixer certains points, pour ne pas travailler avec que des inconnues.

Je trouvais intéressant le fait de travailler sur une planche additionnelle, notamment parce que ça me permettait de percer et fraiser sans tenir compte des trous déjà présents dans la platine. Ça permet aussi de faire plusieurs essais sans flinguer une platine à chaque fois.

J'ai aussi choisi de remplacer le système d'entraînement de la roue étoile par un système à saut instantané comparable à celui utilisé sur l'El Primero pour le passage de date, et d'utiliser ce système pour l'armage et pour le désarmage. D'une part, ce système est simple et a fait ses preuves sur l'El Primero. D'autre part, utiliser un système à saut instantané de part et d'autre de l'étoile permet d'éliminer le problème du levier (4) qui peut rester dans la trajectoire des dents: avec un système à saut instantané, on réduit au maximum le temps d'interaction entre le doigt et l'étoile, ce qui limite énormément le risque de parasitage entre les deux sources d'information (ce risque n'est pas pour autant réduit à zéro, on verra plus tard). De plus, utiliser le même type d'entraînement de part et d'autre de la roue étoile rend plus facile le réglage des forces des différents ressorts: on passe d'une hiérarchisation à 3 niveaux à une hiérarchisation à 2 niveaux.

Ce système, le voilà en place sur l'El Primero (en rouge - la qualité de l'image n'est pas fantastique). Je décris le fonctionnement juste après.

Image

Le choix d'un système instantané à ce moment de la conception peut paraître étrange, comme si on sautait des étapes. Pourtant, ça joue énormément sur la morphologie de l'ensemble, et c'est la raison pour laquelle j'en parle maintenant.

Dernier point, fixé à la base, et ça c'est plus pour le fun qu'autre chose: je souhaitais conserver l'indication de la seconde, et du coup j'ai souhaité placer la réserve de marche à l'opposé de la seconde, par rapport au centre du cadran. J'avais aussi à ce moment une vague idée du type d'affichage que je souhaitais réaliser: quelque chose de simple, lisible et sobre. Simple surtout. Je ne voulais pas passer un mois entier à fabriquer des éléments compliqués pour l'affichage, et je voulais mettre en avant l'originalité de la mécanique. J'ai donc retenu un affichage par aiguille, sur environ 2/3 de tour.

Image
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 23 Déc 2011, 15:28

Une fois ces bases définies, j'ai pu continuer avec le reste.

La première chose à faire ensuite était de compter le nombre de tour d'armage du ressort du 6498: j'en ai compté environ 6,5, pour 46h de marche annoncée, et 47h40 de marche théorique (le barillet a 88 dents, le pignon de centre 12, la réserve de marche théorique est obtenue en faisant 6,5*88/12 = 47,67).

L'avantage du système retenu est, qu'ensuite, je peux traiter les deux parties du mécanisme de réserve de marche de manière quasiment indépendante.

Pour l'armage, je prends l'information directement sur l'arbre de barillet, mais coté cadran. Quelques dessins et calculs rapides m'ont permis de déterminer qu'en multipliant par 2 le nombre de tours de l'arbre de barillet, je pouvais arriver à un nombre de sauts instantanés (13) qui me permettait d'utiliser une roue étoile de taille idéale, avec 18 dents. En plus 18 c'est pratique, ça se divise par 2, 3, 6, 9, et même si on n'utilise pas cette propriété par la suite, c'est toujours bon de l'avoir.

Voilà ce que j'obtiens (avec une subtilité que je garde pour le récit de la construction :wink:):

Image

La roue rouge (64 dents) est solidaire de l'arbre de barillet. Elle engrène avec le renvoi vert (32 dents), qui engrène avec une denture située en partie basse du mobile de saut instantané (en bleu - 32 dents aussi). Lorsque l'arbre de barillet fait 6,5 tours, le mobile de saut instantané en fait 13. A raison d'un saut par tour, on obtient 13 sauts (j'avoue, celui-là, c'est pas le calcul le plus compliqué), qui entraînent la roue étoile dans le sens des aiguilles d'une montre. Chaque saut représente donc théoriquement 3h40 de réserve de marche.

Pour le désarmage, je prends l'information directement au niveau du barillet, ou presque. On pourrait envisager de la prendre sur la roue de centre ou sur la roue de moyenne, mais elles ne sont pas accessibles de ce coté respectivement à cause de la roue des heures et de la roue de minuterie.

Image

Le problème pour cette partie du rouage est que le barillet a une denture avec une géométrie particulière (merci ETA), que je ne peux pas réaliser avec les fraises que je vais utiliser (qui respectent la norme NIHS 2025 (anciennement NHS 56704)). Autrement dit, une roue que je fabriquerais avec ces fraises n'engrènera pas, ou mal, avec le barillet. Une solution est d'utiliser un pignon qui va engrener à coup sûr, comme un pignon de centre de 6498 :D (ou 6497, c'est bonnet blanc). Ce pignon va donc faire autant de tours qu'il y a d'heures de réserve de marche. Il est solidaire d'un renvoi bleu (24 dents), qui engrène avec un renvoi identique, qui engrène avec la partie dentée du mobile de saut instantané (86 dents). Lorsque le barillet fait 6,5 tours, le mobile en sortie en fait 6,5*88/12*24/86 = 13,3, soit 13 sauts instantanés (il y a une différence qui peut poser problème, mais ça se règle plus tard).

Je vous épargne les calculs d'entraxe, et le dessin des dents. Si ça intéresse quelqu'un par contre on peut en parler. Toujours pour des raisons pratiques, j'ai fait mes calculs et mes dessins en fonction de fraises que j'avais à disposition (merci Vianney), au module 0,1. Ça fait des dents assez petites, mais ça va bien.
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Re: Conception d'un mécanisme de réserve de marche

Messagepar Suliac le 23 Déc 2011, 17:41

Le système de saut instantané, très largement inspiré de celui de l'El Primero, fonctionne de manière simple avec assez peu de pièces.

La pièce maîtresse est un mobile composé d'un axe, d'une roue rainurée (ou d'une roue et d'une came, si la roue n'est pas assez grande pour fraiser une rainure) et d'un doigt, libre sur l'axe, dont la rotation est limitée par la rainure (le doigt communiquant avec la rainure par l'intermédiaire d'une goupille), et qui est maintenu sur l'axe par une butée en acier, chassée.

Image

Dans cette situation, le ressort d'entraînement du doigt est au repos: le doigt est libre, sa rotation est limitée par la rainure d'une part, et le ressort d'entraînement d'autre part. Ce jeu est normal, et la forme du ressort est telle que même lorsqu'il est en butée contre lui, le doigt est maintenu hors de la trajectoire des dents de la roue étoile.

Lorsque la montre fonctionne, le mobile d'entraînement tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, à la vitesse d'un tour en 3h40 environ. La rainure rattrape la goupille du doigt et commence à l'entraîner.

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Les partagements sont faits de façon à ce que la partie du doigt qui entraîne la joue avec la roue étoile passe entre les deux ressorts sans les toucher. La partie arrière du doigt, qui porte la goupille (goupille qui est usinée dans la masse), ne touche pas les dents de la roue étoile.

Image

On continue à tourner, jusqu'à ce que la goupille vienne buter contre la tranche (polie) du ressort et commence à l'armer.

Image

Image

L'armage se fait jusqu'à ce que la goupille du doigt arrive au niveau de l'arête du ressort.

Image

Image

A ce moment, le ressort retombe, entraînant le doigt avec lui, qui par l'extrémité opposée entraîne une dent de la roue étoile.

Image

Un des gros avantages de ce système est sa simplicité, en ce qui concerne le fonctionnement et la fabrication (...). Il a quand même un gros inconvénient: l'armage du ressort se fait sur une petite partie du cycle seulement, pendant laquelle le système consomme plus d'énergie que le reste du temps. Avec un système instantané à came (comme celui visible ici), cette consommation est répartie de manière beaucoup plus régulière sur tout le cycle, ce qui permet de la prendre en compte plus facilement lors du réglage de la montre ou des autres complications. Sur le 6498, je n'ai pas remarqué de perturbation particulière. Mais peut être que sur un mouvement plus capricieux, fonctionnant avec un niveau d'énergie plus bas, ça poserait des problèmes.
Dernière édition par Suliac le 24 Déc 2011, 13:51, édité 1 fois.
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