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De la Seconde Morte

On parle technique horlogère. Que huiler, comment fonctionne un mouvement, rhabillage horloger etc....

Modérateurs: magellan, M.A.S.O, fabala, hl9000

RÈGLES DU FORUM, À LIRE IMPÉRATIVEMENT AVANT LE 1ER POST

De la Seconde Morte

Messagepar Petrus le 13 Déc 2017, 13:29

La complication « seconde morte » présente des caractéristiques tout à fait uniques qui lui confèrent un charme esthétique et un intérêt mécanique certains.
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Pourtant il est très difficile de trouver un ouvrage de référence sur ce sujet spécifique.
Beaucoup d’information existe pourtant, parfois très détaillée sur le net lorsqu’il s’agit de la description pour certains modèles de la disposition des mobiles et la référence permanente au fouet (« souvent en or ») pièce particulière à cette complication. Quelques courtes vidéo et des photos de mouvements complètent la documentation disponible, éparpillée et disparate.
De la même façon dans les bibliothèques de nombreux traités d’horlogerie mentionnent cette complication, mais souvent en se faisant écho, reprenant en général l’indispensable traité de Ferdinand Berthoud. Divers articles enfin, dans les revues spécialisées ou même la presse grand public, remettent régulièrement à la lumière des modèles de montre de poche ou bracelet dotés d’un mécanisme à seconde morte.
Sur notre forum quelques sujets en particulier permettant de voir la beauté mécanique des montres abritant cette complication. :

viewtopic.php?f=1&t=5662&p=244980&hilit=seconde+morte#p244980
viewtopic.php?f=1&t=23232&p=229965&hilit=seconde+morte#p229965
viewtopic.php?f=1&t=19471&p=196007&hilit=seconde+morte#p196007

Du point de vue de l’offre, il faut souligner l’incroyable popularité des montes de poche à seconde morte de la fin du XVIII ème jusqu’au tout début du XX ème siècle. C’était un instrument de précision présenté comme l’ancêtre du chronographe.
Mais elle fut brutalement détrônée par la diffusion massive de ce dernier et de ses totalisateurs de minutes et d’heures et des montres de poignet pour laquelle sa technologie était mal adaptée.
Pour donner des repères simples, on peut considérer que de 1750 à 1910 la montre à seconde morte à vécu une première vie.
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Montre à Seconde Morte Indépendante signée Chantelot à Marseille, fin du XVIII eme

Montre à seconde morte indépendante signée Millet aux Sables d'Olonnes vers 1850
Image
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A noter la recherche esthétique de finition du mouvement, son équilibre et le rubis ne recevant aucun pivot.

Puis après une éclipse de près de 50 ans, elle fit un retour remarqué chez de nombreuses marques grâce aux déclinaisons du mouvement produit par Chezard pour Doxa, Hy Moser (Esculape, Saltofix) et nombre d’autres marques de distributeur (Barr, Roger par exemple) en particulier aux Etats Unis.
Sur ce mouvement, le post de Madman :
viewtopic.php?f=2&t=26737&p=259791&hilit=chezard#p259791
Rolex pour sa part met en production l’iconique « Truebeat ».
A nouveau boudée par l’avènement du quartz les années 2000 l’ont vu renaître, soit chez des indépendants comme Habring² ou Gronenfeld, FP Journe sur des bases de modules dédiés voire des mouvements développés en interne ou de mouvements entiers maisons mais aussi des grandes marques comme Panerai avec une série limitée (Radiomir Independant) Franck Muler, JLC qui annonce en 2014 en équiper l’ensemble de sa gamme Géophysic, Audemars Piguet ou Arnold and Son, Jaquet Droz et son nouveau mouvement 2015, de Béthune et récemment (janvier 2016) A. Lange & Söhne.
Image
Gronefeld One Hertz
L'indispensable article d'Hondikee
https://www.hodinkee.com/articles/the-g ... d-a-deadly

La seconde morte est aussi souvent associée à d’autres complications ou échappements, par exemple avec le Tourbillon, l'échappement à force constante...


Témoignage du savoir-faire de ses artisans ou maisons prestigieuse, le prix des modèles est en rapport des revendications du discours marketing, chacun s’attribuant une part d’innovation ou d’excellence : dernier en date le positionnement de la Richard Lange seconde sautante qui brandit fièrement un brevet lié à cette complication («l’un des premiers déposé à l’office impérial des brevets » en 1887 apparemment).
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Voir l'excellente revue de notre collègue foversta sur son blog :
http://equationdutemps.blogspot.fr/2016 ... conde.html

Du point de vue de la demande, les avis sont partagés voire franchement contradictoires, loin de l’unanimité habituelle suscitée par les argumentaires marketing des marques et les photos retouchées ou les ambassadeurs people.
Ils s’expriment régulièrement dans les forums ou nombre d’« aficionados » trouvent quasi unanimement cette complication inutile, voire néfaste dans la mesure où visuellement elle rend similaire montre quartz et montre mécanique. Bel anachronisme ! :D
Concession de la part des plus documentés : l’attrait des montres de poche équipée d’une seconde morte indépendante et la remarquable esthétique des mouvements, dont la symétrie et l’équilibre sont permis par cette particularité mécanique constitutive du double barillet.
Quelques marginaux toutefois accordent à la seconde morte une approche poétique du découpage du temps bien mise ne valeur par des codes esthétiques récents reproduisant ceux des origines : Arnold and Son et Jaquet Droz ont en effet ouvert la voie de la « grande seconde centrale », réduisant la taille du cadran excentré des heures et des jours, sur la base du même mouvement développé en début 2010 par La Joux-Perret.
viewtopic.php?f=1&t=24142&p=235916&hilit=seconde+morte#p235916
Les plus enragés soulignent avec constance la prouesse mécanique de la réalisation de cette complication.

A la différence en effet de bien des complications, voire de système mécaniques complets comme le remontage automatique qui donnent lieu à débats, recherches et articles, la seconde morte indépendante, sous sa forme mécanique la plus répandue, la seconde morte indépendante a traversé les siècles est historiquement très bien située.
Le dispositif est attribué sans conteste à Moise Pouzait en 1776.
Mais avant lui...?

(a suivre...)
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Roléga le 13 Déc 2017, 14:25

:sm34: :coucou:
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar fabala le 13 Déc 2017, 15:10

merci Pierre :coucou: pour ce partage et on attend la suite.
Moi j'aime pas les changements de pseudo
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar tavannes le 13 Déc 2017, 19:53

salut

reportage super intéressent :wink:

une montre mécanique a seconde morte est vraiment intéressent du coté mouvements comme tu le dis si bien
j'ai vu une doxa il y a peux de temps

c'est un modèle que je cherche pour ma collection en tout cas [8]
pas la doxa en général mais une montre a seconde morte

merci pour le partage

a+
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Madman le 13 Déc 2017, 20:32

:sm34: :sm34: :sm34:
Top ! :coucou:
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Bruno_D le 13 Déc 2017, 23:05

Faut encore attendre longtemps pour la suite ? :calimero:
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Franck272 le 13 Déc 2017, 23:47

Petrus a écrit: Image
Montre à Seconde Morte Indépendante signée Chantelot à Marseille, fin du XVIII eme


Le mouvement de celle-ci a surement était fait par Jean-Moïse POUZAIT (et pas seulement Moïse :D )lui-même.
Et effectivement, on ne trouve pas beaucoup de documents concernant cette complication dans des livres.
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Petrus le 16 Déc 2017, 10:45

Ma première rencontre avec une montre à seconde morte fut pour moi source de désarroi horloger.
IL s'agissait pourtant d'une montre de poche banale en acier, avec seconde morte indépendante (SMI) et poussoir de commande du dit dispositif.
IL y eu d'abord le choc esthétique du mouvement : la rigoureuse symétrie imposée par les deux barillets était enluminée par 'une multitude de petits ponts supportant un rouage. Le pont central, cassait ce rythme par sa forme baroque.
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Vint ensuite la surprise d'absence de remise à zéro : les secondes s’égrainaient sans totalisation et une fois arrêtées ou redémarrées, il fallut attendre le passage à midi pour les stopper. L'aiguille immobilisée dans une autre partie du cadran crée une sorte de malaise, de crainte d'un dysfonctionnement de la montre, alors qu'en toute indépendance, heures et minutes continuent leur course.

C'est alors imposée la question du pourquoi ?
Pourquoi mesurer les secondes sans les totaliser ? Bien sur il est possible d'utiliser une SMI comme un chrono : en plaçant heures et minutes à midi, on lance la seconde et la totalisation s'effectue.
Et puis pourquoi mesurer les secondes, pour quelle utilité quotidienne ?
Bien des artisans, désirés et relancés, vous diront : je viens après demain ou "ce sera prêt dans deux jours". Le matin sans doute, mais à quelle heure ?
Et s'il vous dit je serai là mardi à huit heures, bien souvent échappe de la bouche du client l'inévitable "super ! quelle année ?"
Et que dire des sociétés agropastorales où les tâches nécessitant la mobilisation d'un groupe se font "de bonne heure" ou "après midi".
Et dans nos sociétés industrielles, si la minute à son importance, on ne prend jamais rendez vous à 16h40 et quinze secondes. En revanche, dans la mesure de la performance, de la productivité, la seconde de débit numérique ou celle entrant dans la réalisation d'une opération peut avoir des conséquences économiques considérables.

La seconde nous ramène donc finalement à un environnement de performance, de précision, d'observation scientifique.

Elle est fille de astronomie et de sa sœur jumelle jusqu'au siècle des Lumières, l'astrologie.

Les montres à secondes mortes, indépendantes, portent en elle une expression d'humanité et s'enracinent dans le tryptique immémorial : observation, prévision, prédiction.

Observation à l’œil nu de cycles simples comme le jour et le soleil au zenith, des phases de lunes, des saisons.
Prévisions des crues du Nil, des mises bas des troupeaux, des possibilités de voyager, transhumer, récolter.
Prévisions des éclipses, des durées et heures d’observations des constellations, établissement des routes, terrestres et maritimes.
Prédiction des positions du signes du Zodiac, des conjonctions astrales, des destinées quotidiennes ou de toute une vie.

Avec ces observations millénaires se développent les méthodes et instruments de mesure, le calcul et la trigonométrie, la géométrie et des représentations de la terre, de l’univers et de l’infini.
La machine d'Ancythère illustre cela, bien que sa mécanique ne donne pas l'heure. Mais elle témoigne du développement conjoint de l'observation et la mécanique permettant la prévision.

Divers appareils servant à relever des angles se sont succédés au cours des âges et des civilisations avec ce corollaire de mesurer le temps, point de départ de l’observation et également durée. L’un et l’autre devait être le plus évidemment repérable : le zénith pour le soleil et l’heure solaire vraie, le cercle pour le relevé et l’observation à 360 °.
Découper ce cercle en degré pour mesurer l’espace ou en heures, minutes et secondes pour en mesurer le temps procède de la même méthode.

Les extraordinaires horloges du haut moyen-âge ou du début de la Renaissance ne marquent pas la seconde : témoignage de la puissance et du niveau scientifique d'une cité ou d'un souverain, elle donnent l'heure (des heures en fait) et des des indications astronomique comme les phases de lune, les solstices
La "Tour de l'Horloge" à Mantoue, construite en 1473 fut enrichie la même année de l'horloge astronomique conçue et réalisée par l'astronome Barthélémy de Manfredi. Celui-ci écrivit dans une lettre du 30 juin 1473
« A l’illustre Prince et Excellent Seigneur, à mon Maître exceptionnel.
Pour satisfaire la promesse et le désir de Votre Seigneurie, avec beaucoup de
sollicitude, j’ai enfin achevé la façade de l’horloge qui marque les heures ordinaires,
les heures des astrologues et celles des planètes, l’accroissement et la diminution des
jours, la marche du Soleil à travers les signes du zodiaque. Elle indique aussi de jour
en jour et d’heure en heure le mouvement de la Lune et ses phases telles qu’on les
voit dans le ciel, et son âge, et si elle se trouve au-dessus ou au-dessous de la terre.
De plus on voit dans quel signe elle naît en Orient ou bien se baisse en Occident
et comment elle est à midi et à minuit avec ses conjonctions et ses oppositions et
ses quadratures, avec les jours critiques qu’il est utile de connaître. On peut y voir
les temps propices pour les saignées, pour administrer les remèdes, pour faire des
opérations chirurgicales, pour couper les habits et pour les endosser, pour les travaux
des champs et pour les voyages. »
Mantoue, l’avant dernier jour de juin 1473. Archivio di Stato di Mantova, Archivio
Gonzaga, busta 2416, c. 16r.

La première mention d’une horloge marquant la seconde s’inscrit bien dans le domaine astronomique et est attribuée par les savants du Siècle des Lumières, -souvent astronomes- à Tycho Brahé qui en aurait conçu pas moins de quatre pour son observatoire personnel d’Uraniborg. Dans son ouvrage Astronomiæ instauratæ Mechanica paru en 1598, il ne mentionne pas les appareils servant à mesurer le temps, qui cependant figurent dans ses illustrations.

Image

Au premier plan on voit le grand cadran mural et, devant à droite, deux horloges sur lesquelles on peut distinguer un petit cadran auxiliaire à l’intérieur du grand. Trois opérateurs sont au travail : le premier fait la visée, le deuxième donne l’heure, le troisième note. Au fond, on voit les trois étages du bâtiment avec au
sous-sol le laboratoire, la salle d’étude pour les assistants au premier étage, la terrasse avec les instruments
(quadrant, sphère armillaire, triquetum, sextant) installés au deuxième étage.
Image

Ces horloges sont-elles ses créations ?

II est plus probable qu’elles sont l’œuvre de Jost Bürgi (1552-1632) qui réalisa d’exceptionnelles horloges astronomiques.
http://www.horlogerie-suisse.com/horlom ... jost-burgi
Jost Bürgi développa vers 1586 un mouvement d’horloge d’une grande précision ( il ramène l’erreur
journalière de ±15 minutes à ±30 secondes), à foliot croisé (Kreuzschlag) et remontoir par gravité qu’il améliora ensuite à Prague.

Lettre du Landgraf de Hesse Guillaume IV à Tycho Brahé, datée du 14 avril 1586 : « Récemment
nous sommes parvenus à observer la longitude exacte d’Orion, du Grand Chien
et du Petit Chien grâce aux horloges de ce dernier (Bürgi) : elles indiquent les minutes et
les secondes avec une telle exactitude qu’entre deux culminations elles ne dévient même
pas d’une minute. »

Image

Vous noterez la mention d'un calcul de longitude, enjeu crucial pour le développement de la navigation, qui donnera lieu à une formidable effervescence scientifique et la réalisation du chronomètre de marine.

Bürgi est aussi un astronome et un mathématicien : Kepler lui prête l'invention des logarithmes, bien avant Napier.
Il est également l'inventeur du compas de proportion.
Sur ce génie méconnu :
https://en.wikipedia.org/wiki/Jost_B%C3%BCrgi
http://www.math.harvard.edu/~knill/hist ... _burgi.pdf
http://locomat.loria.fr/buergi1620/buergi1620doc.pdf
https://www.apmep.fr/IMG/pdf/JR_Apmep_13-05-2017.pdf

Galilée, contemporain de Brahé et Bürgi va introduire une véritable révolution avec sa théorie du pendule.

(à suivre)
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Bruno_D le 16 Déc 2017, 13:26

[8] :sm34:
Encore ! (Et merci !)
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Maxime le 16 Déc 2017, 17:55

D'une autre utilité d'une grande trotteuse à seconde morte : pour mesurer le pouls d'un patient (avant les gadgets modernes qui mesurent la tension ou l'électrocardiogramme et… accessoirement le rythme des battements du coeur). A la main, on comptait sur 15 s, voire trente et on multipliait par deux ou quatre, au détriment de la précision, mais à un ou 2 battements près, cela n'a pas d'importance comme en astronomie ou en mesure de position.
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar LCO le 18 Déc 2017, 13:07

Merci pour ce partage très intéressant !
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Petrus le 22 Déc 2017, 00:55

De l'immense bouillonnement intellectuel et scientifique qui débute à la Renaissance et s’épanouit au siècle des Lumières, nous ne retiendrons que quelques noms et quelques repères. Je vous incite à compléter l'aspect historique de la question par la lecture du dernier numéro d'Horlogerie Ancienne (n°82 de Décembre 2017) la revue de l'afaha.
Très synthétiquement, nous considérerons :
L'Horloge médiévale, instrument astronomique et astrologique, dont l'énergie est tirée de la gravité. Échappement foliot.
Le Tambourin : chaînon entre l'horloge et la montre (organe moteur : barillet avec ressort. Apparition du coq pivotement supérieur de la verge portant le foliot).
Travaux de Léonard de Vinci et travaux de Galilée sur le pendule et l'isochronisme.
Travaux de Huygens sur le pendule et le balancier spiral.
Amélioration des dispositifs d'échappement.

Galilée connaissait les dessins de Léonard de VINCI qui presque cent ans avant lui avait imaginé les machines et les mécanismes les plus extravagants pour l’époque et en particulier ce mécanisme à pendule :
Image

Galilée développe ces travaux à partir de ses propres observations et d'une application à l'horlogerie et finalement après sa mort en 1642, ses collaborateurs et en particulier Viviani (édition de 1659) produiront une somme de dessins permettant de comprendre ses inventions.
Image
L’échappement lui aussi est totalement innovant.
Image

Huygens eu connaissance des dessins par l’intermédiaire d’un astronome français Ismaël Boulliau, correspondant du Prince Leopold de Toscane.IL avait aussi connaissance des travaux réalisés en Angleterre et de mentionner l’immense somme scientifique des parutions et inventions liées aux concours organisés partout en Europe pour la mesure de la longitude.
En 1657, Huygens présente la première horloge à pendule. Bientôt naissent des pendules de précision «battant la seconde» et l’affichant.

Nos collègues du forum spécialistes de pendulerie et de comtoise par exemple sont les héritiers de cette formidable tradition. :coucou:
Car c'est dans l'horloge comtoise que l'on trouve l'expression mécanique du dispositif de seconde moderne : la fréquence des alternances résulte d'un calcul liant longueur du pendule et calcul des dents et pignons du train de rouage.
http://www.sulka.fr/bal/
http://www.horlogerie-comtoise.fr/techniques.htm
et tous les posts sur la longueur des balanciers, les calculs de rouages, les réglages...de tous nos collègues.

Lorsqu’elle fait son apparition sur les montres de poche, à partir du milieu du XVIIIe siècle, l’aiguille des secondes avance généralement par crans d’une demi-seconde, liés à la fréquence du balancier spiral, géniale déclinaison du pendule. Pour imiter les pendules de précision et permettre un meilleur décompte visuel du temps, les horlogers vont dès lors imaginer diverses solutions (basses fréquences, nouveaux échappements avec en particulier Towneley et Graham puis Leroy et Berthoud, roue de secondes additionnelle avec ressort, etc.)
IL faut enfin mentionner l’immense somme scientifique des parutions liées aux concours organisés partout en Europe pour la mesure de la longitude en mer.
L’histoire de la mesure du temps de Ferdinand Berthoud reste bien l’ouvrage de référence sur ces sujets.

Pour bien comprendre le lien alternances/h avec l'affichage de la seconde, je vous propose une animation de l'extraordinaire montre du trop discret Martin Braun.
L'énorme balancier, quasi hypnothique, héritier direct des premiers mouvements de Pouzait sans seconde indépendante est cadencé à 7200 alt/heure. L'aiguille fait donc deux sauts pour marquer une seconde


Pouzait a conçu un échappement à ancre, apparemment peu diffusé. En voici la description :
Image
Horlogerie ancienne n°78, n°20 et 26 en particulier, n°90
Voici l'animation que j'ai fait réaliser. Elle permettra au plus réfractaires à la techniques de comprendre facilement, du moins je l'espère... :oops: :


a suivre...
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Bruno_D le 22 Déc 2017, 08:18

Magnifique ! Merci !
Fascinant le piton mobile sur l'Antoine Martin :thinking:
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar rstl99 le 23 Déc 2017, 22:23

Pas mal impressionant ces longs messages je devrai passer du temps à m'y familiariser et digérer.
Je viens d'acheter une montre gousset à verge signée Romilly à Paris (qui est en chemin vers moi au-dessus de l'Atlantique), alors j'ai fait pas mal de recherche sur (Jean) Romilly par curiosité. Nombreux articles qu'il écrivit pour l'encyclopédie de Diderot, etc. La Montre Française de Chapiro en parle un peu. Une chose qu'on dit de lui est qu'il fut le premier à fabriquer une montre à seconde morte. Que ce fût une de ses innovations et inventions en horlogerie. Est-ce vrai?? Je n'ai pas vu Romilly mentionné dans vos messages.
--Robert
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Re: De la Seconde Morte

Messagepar Petrus le 24 Déc 2017, 02:28

rstl99 a écrit:Pas mal impressionant ces longs messages je devrai passer du temps à m'y familiariser et digérer.
Je viens d'acheter une montre gousset à verge signée Romilly à Paris (qui est en chemin vers moi au-dessus de l'Atlantique), alors j'ai fait pas mal de recherche sur (Jean) Romilly par curiosité. Nombreux articles qu'il écrivit pour l'encyclopédie de Diderot, etc. La Montre Française de Chapiro en parle un peu. Une chose qu'on dit de lui est qu'il fut le premier à fabriquer une montre à seconde morte. Que ce fût une de ses innovations et inventions en horlogerie. Est-ce vrai?? Je n'ai pas vu Romilly mentionné dans vos messages.
--Robert

Jean Romilly est toujours cité lorsque l'on parle de seconde morte : c'est aussi parce que les sources des origines de l'Horlogerie sont toujours les mêmes et en particulier la compilation extraordinaire de Berthoud.
Qu'en est il de sa montre, qui ne nous est pas parvenue :
« Extrait des registres de l’académie royale des Sciences, du 12 Février 1757. Nous avons examiné par ordre de l’académie une montre présentée par M. Romilly horloger, citoyen de Genève.

» Ce que cette montre offre de singulier, consiste principalement dans le balancier ; au lieu que celui des autres montres fait quatre à cinq battemens par seconde, M. Romilly a rendu le sien assez pesant, & le ressort spiral assez foible pour qu’il n’en fasse qu’un dans le même tems. D’où il suit 1°. que les irrégularités qui se pourroient trouver dans le jeu de cette importante piece, seront quatre à cinq fois moins multipliées que dans les montres ordinaires : 2°. que le nombre des vibrations étant diminué, le même roüage qui auroit été 24 heures dans la construction ordinaire, peut avec un très leger changement dans les nombres aller huit jours : 3°. que l’aiguille avançant comme à une pendule de seconde en seconde, cette montre sera plus commode qu’une autre pour les observations.

» On pourroit peut-être soupçonner qu’un balancier si pesant seroit sujet à recevoir beaucoup de mouvement des impressions étrangeres, & que par conséquent cette montre iroit mal au porter ; mais il paroît par les expériences que M. Camus, l’un de nous, en a faites, que dans le gousset d’un homme qui couroit la poste à franc-étrier, elle n’a pas plus varié qu’une bonne montre à balancier ordinaire.

» Mais ce que nous ne pouvons dissimuler, c’est que cette même montre qui a souffert les chocs les plus violens sans se dérégler, n’a jamais pu soûtenir la différence de situation verticale & horisontale, sans tomber dans des erreurs considérables. Il faudra donc choisir de la régler pour être à plat & portée ou pour être pendue & portée, & ne la pas faire passer du plat au pendu, si on veut qu’elle conserve sa régularité.

» Nonobstant cet inconvénient, l’idée de M. Romilly nous a paru neuve & heureuse. Il a au-moins rempli l’objet qu’il s’étoit proposé, en faisant voir que ce n’est pas le grand nombre des vibrations du balancier d’une montre qui la rend capable d’une plus grande régularité, ce qu’on ne croyoit pas avant lui ; & on ne peut que l’encourager à perfectionner cette piece, & à faire ses efforts pour lui ôter l’inconvénient dont nous venons de parler. Il est plus en état que personne d’y remédier, & de donner à la construction qu’il propose tous les avantages dont elle est susceptible [1]. Signé, Camus & de Fouchy. Je certifie l’extrait ci-dessus & de l’autre part conforme à l’original & au jugement de l’académie. A Paris, ce 16 Février 1757. Signé, Grandjean de Fouchy, secrét. perp. de l’Acad. R. des Sc. »

Romilly pose pratiquement, a travers la question selon lui centrale des frottements, les bases des améliorations nécessaires à une précision optimale liée au réglage, en particulier celles liées aux variations de température (balancier bi métallique puis elinvar). Par ailleurs l'idée qu'un nombre d'oscillation faible diminue les frottements reste d'actualité (cf La montre Antoine Martin), mais même avec les technologies d'aujourd'hui, personne ne s'est aventuré au dessous d'un hertz pour une montre de poignet.
Le problème de fonds reste que malheureusement sa montre fonctionne mal : lourdeur du balancier peut être, confiance exagéré dans ses calculs de rouages, difficulté d'exécution et limites des matériaux et huiles de l'époque, échappement ... :thinking:
Le constat actuel est que le nombre d’alternance par heure d'un balancier spiral n'influe pas sur la précision elle même, mais sur sa fiabilité, au sens ou plus un balancier est cadencé lentement, plus il reviendra lentement a sa marche normale en cas de désordre, ce que Romilly réfute.
Sur cette question complexe, voir aussi les résultats de FP Journe qui a des problématiques très similaires à celles de Romilly, mais des solutions beaucoup plus complexes. Romilly il est vrai revendiquait la simplicité.
-https://www.fpjourne.com/collection/collection-souveraine/chronometre-optimum



IL me semble enfin que le rapport reste assez flou sur la réalité et la nature de l'amélioration extraordinaire de la réserve de marche.
De plus, il s'agit là d'un rapport et non d'un brevet. Romilly ne décrit pas par exemple son échappement amélioré à virgule.
Enfin , il n'est pas mentionné de mise en production de ce concept, apparemment resté à l'état de prototype.

De fait, Pouzait avec la seconde morte indépendante, va permettre de conserver une autonomie de fonctionnement d'une trentaine d'heures en recourant à deux barillet et deux trains de rouages séparés, et utilisera un mouvement dont le nombre d'alternances/heure sera de 14 400 à 18000.
La description de son système non indépendant dans mon précédent post présente une amélioration de l’échappement, mais à la différence de Romilly, il nous est parvenu quelques exemplaire de ces montres, que l'on trouve encore très rarement sur la marché.


Les articles de Romilly et le détail de sa réflexion et des ses calculs dans l'article sur les frottements voir la page 350 (les numéros de pages apparaissent à gauche entre crochets, l'article commençant p.342)):
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80% ... SCILLATION


:coucou:
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