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Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 26 Aoû 2019, 18:31
par album_123
Bonjour à tous,

Un titre assez mystérieux, pour un questionnement... inhabituel :D

J'ai acheté récemment une horloge assez étonnante, anglaise, signée Tho.'s Andrews London, qui ressemble aux pendules religieuses de la fin du XVIIe siècle ; je pense d'ailleurs qu'elle date de cette époque.

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Le style est assez sobre, sans fioritures, et le mécanisme se contente d'indiquer l'heure avec une seule aiguille. Sauf que...
Un petit malin s'est amusé à rajouter un mécanisme de sonnerie des heures et demies, qu'il a fixé au mécanisme initial. C'est un travail qui semble dater de la première moitié du XVIIIe siècle : roue de compte pleine, tracé des rouages, marteau de sonnerie... tout va dans ce sens. Le problème, c'est que ce montage est d'une qualité plus que médiocre ; je pense que les photos parlent d'elles-mêmes. En comparaison du mécanisme principal, qui est impeccable, c'est le jour et la nuit !

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D'où la question que je me pose : que faire ?

J'envisage trois options :

1. faire sauter purement et simplement le mécanisme de sonnerie pour remettre l'horloge dans sa configuration originelle

2. conserver le mécanisme de sonnerie en l'état et se contenter de nettoyer l'ensemble

3. ou finalement, solution intermédiaire, conserver la sonnerie mais rectifier tout ce qui relève du bricolage (nouvelle découpe des bras des mobiles, bleuissage de l'acier, polissage du laiton...) pour obtenir une finition plus "propre".

Je n'aime généralement pas intervenir sur les modifications qui ont été effectuées par le passé, comme je considère qu'elles font partie de l'histoire de l'objet. Mais ici, le travail est tellement épouvantable que le puriste qui sommeille en moi hurle au sacrilège... j'opterais donc plutôt pour la troisième option, plus ou moins modérée.

En résumé : intervenir au risque de faire perdre à l'objet une partie de son authenticité, ou le laisser tel quel, sensiblement défiguré ? Quelle éthique adopter ?

C'est à vous !


PS : un bon article sur les principes de la restauration et les points de vue actuels sur la question : https://journals.openedition.org/insitu/3865

Re: Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 27 Aoû 2019, 08:54
par Maxime
Passionnant, l'article sur la restauration. Mais il me semble qu'il en ressort finalement que le type/niveau de restauration est décidé par un comité, entre "ne rien toucher" et "rétablir le fonctionnement parfait pour lequel l'objet a été conçu".
Pour l'horlogerie, j'aurais tendance à privilégier le fonctionnement correct, sans "sur-restauration", par exemple polissage miroir de parties alors qu'elles étaient brutes dans l'original. Bien sûr, l'objet est visuellement plus beau ainsi mais cet "effacement du passé" ne me satisfait pas. Et d'autres peuvent penser autrement, c'est leur droit.

Re: Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 27 Aoû 2019, 09:27
par BEAUDET
Bonjour . La personne qui a mis au point son système et qui a surement fonctionné , ne serait pas contente d'entendre dire que sa réalisation est plus que médiocre . Avant de faire ce genre de remarque qui me semble plus que déplacée faites donc la révision de l'ensemble et faites nous voir et après on pourra juger de vôtre travail .
Cordialement

Re: Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 27 Aoû 2019, 09:33
par LaComtoise
Quand je rencontre ce genre de situation je laisse en l'état. Ou vraiment quelques petits coup de lime à gauche à droite a des endroit vraiment pas ébavuré par exemple.
Ca fait entièrement partie de l'histoire de la pendule, d'autant plus que l'ajout du module de sonnerie est ancien, pas dénué d'intérêt en somme !

:coucou:

Re: Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 27 Aoû 2019, 17:09
par album_123
@Maxime,
Je trouvais effectivement l'article intéressant, justement parce qu'il présente plusieurs points de vue.
Je pense surtout qu'il y a une vraie différence entre la restauration pour un musée et pour un particulier. Les musées ont davantage tendance à conserver les objets en l'état, alors qu'un collectionneur préférera souvent avoir une horloge qui fonctionne. Mais là encore, ça dépend des gens.
Ce qui est amusant, c'est qu'on était beaucoup plus interventionnistes par le passé ; j'ai déjà vu des restaurations très poussées, jusqu'à refaire les vernis originaux du laiton, dans des musées très renommés... il y a quinze, vingt ans. Je ne crois pas qu'on se lancerait dans un tel travail aujourd'hui, sauf absolue nécessité.

Je vais donc conserver le mécanisme tel quel, à part quelques détails à rectifier (du type "ébavurage" comme Rémy le mentionne).

J'aimerais cependant préciser un point :

BEAUDET a écrit:La personne qui a mis au point son système et qui a surement fonctionné , ne serait pas contente d'entendre dire que sa réalisation est plus que médiocre . Avant de faire ce genre de remarque qui me semble plus que déplacée faites donc la révision de l'ensemble et faites nous voir et après on pourra juger de vôtre travail .


Il n'y a rien de déplacé dans ma remarque dans la mesure où le qualificatif de "médiocre" ne relève pas d'un jugement mais d'un simple constat : au regard des principes de la construction horlogère, je constate que ce travail est de mauvais qualité. Et les raisons ne manquent pas pour employer un tel adjectif : le bouchonnage des platines pour accueillir des arbres trop courts, les bras sur toutes les roues, les découpes à l'intérieur des platines...
Peut-être que l'auteur de ce travail y a passé des heures, avec des outils inadaptés, et qu'il est déjà parvenu à un résultat très correct compte-tenu de la situation ; les gens faisaient avec ce qu'ils avaient, et avec leurs connaissances. Et ils avaient du mérite. J'ai été souvent admiratif de voir l'ingéniosité de certains bricoleurs qui n'avaient aucune formation en horlogerie et qui ont imaginé des systèmes très astucieux.
Ceci étant, on ne peut pas s'interdire de qualifier les choses, et plus exactement de les décrire, sous prétexte du "qui suis-je pour juger". C'est en tout cas ma manière de penser.
Comme tout le monde, j'ai moi aussi effectué des réparations disgracieuses à mes débuts, et je n'hésiterais pas à une seconde à dire que c'était du travail d'une qualité épouvantable ; parce que là encore, je ne fais que constater, et rien d'autre. Et ce n'est pas parce que je suis l'auteur de ce travail que je vais nécessairement le porter aux nues.
Ceci étant, si tu tiens à juger la qualité de mon travail, je t'aurais bien invité à regarder la restauration d'un régulateur Brillié que j'ai postée l'année dernière, mais les photos sur l'hébergeur ne sont plus disponibles...

Bonne fin de journée à tous.

Re: Une question d'éthique et de restauration

MessagePosté: 27 Aoû 2019, 21:25
par Jérôme c
Bonsoir, cette discussion a déjà eu lieu avec d'autres forumeurs, avant de juger un horloger qui n'est plus, il faut se mettre en tête que l'horloge entre nos mains a souvent vu plusieurs générations d'horlogers.
Et même plusieurs guerres, avec la pauvreté économique à ces époques noires.
Ensuite pour éviter de mal interpréter nos discussions peut-être vaudrait-il mieux peser nos mots... Utilisons des mots plus "cool" pour décrire le travail d'autrui à une époque antérieure...
:arrow: je trouve cette pendule originale , avoir greffé un mécanisme de sonnerie sur une vieille une aiguille!!!
Comme quoi rien ne se jetais mais tout trouvait une nouvelle vie.
Et si elle est réparable pour avoir une nouvelle vie c'est super!!